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Autobiographie

La révolution ? Voire…

(6e partie)

En 1982, un an après la victoire de la Gauche, je pose en chantant, la question : Le vrai changement c’est quand ? (ça ne plut guère aux décideurs-dinosaures…)

Douze ans après, je m’interroge encore, avec plus de colère. Je n’ai pas oublié que les socialistes vinrent au pouvoir sur les ailes d’une magnifique idée : LE CHANGEMENT, et qu’ils ne cessent depuis, avec une obstination qui confine à la pathologie, de la pervertir, d’en faire un slogan vide de sens.

Il y a un type de trahison qui laisse ma mémoire intacte… (voir plus haut).

Alors, Béranger, déçu du socialisme ? Non, je n’ai jamais cru au socialisme à la française. Un soir de 81 beaucoup sortirent dans la rue, la mine réjouie, des bouteilles de champagne à la main. Je ne participai pas à la fête. Je pensais à Louise Michel et à son « pouvoir est maudit »… Il y avait des signes avant-coureurs : l’OPA du candidat Mitterrand, politicien de métier, sur le PS ; la carrière du nouveau président depuis 1945, à droite dans son département, à gauche au Parlement ; et qui était donc ce ministre de l’Intérieur pendant la guerre d’Algérie, qui fit guillotiner les prisonniers politiques… Quel curieux socialiste !

Pour un politicien habile un parti est comme un train qu’on peut prendre en marche, pourvu qu’il aille dans le bon sens, c’est-à-dire au pouvoir. Et puis, ce soir-là, il y eut un énorme orage comme un avertissement du ciel !
Ma prophétie personnelle était loin de compte : je n’imaginais pas que le cirque socialiste se transformerait en une vaste parodie régalienne avec Roi, courtisans et sujets, politique de prestige, flagorneries extrêmes. Mais la peine de mort ?... Oui, la peine de mort abolie… quand même !

En écrivant ses lignes, je trouve ce constat : « En définitive, ni par son origine sociale et professionnelle, ni par son comportement politique, l’élite, rose, qui a occupé le pouvoir pendant dix ans, ne s’est pas différenciée de celle qui l’a précédée. Plus soucieuse de s’intégrer à la classe dominante que de la combattre, de se couler dans le moule d’un pouvoir autocratique que d’en modifier les règles du jeu, de fermer la porte derrière elle de la laisser entrebâillée aux milieux populaires, elle aura peu contribué à dénouer les rigidités de la société française, où la démocratie reste le gouvernement de tous, par et pour quelques-uns (…) Pour la Droite qui s’apprête à revenir aux affaires, c’est l’occasion de tenter d’extirper de la conscience collective jusqu’à l’idée même du changement social et d’une alternative à la norme politique dominante en Occident. Il reviendra à d’autres de reprendre demain les valeurs de la gauche et de se demander pourquoi ils ont été si peu nombreux à résister ». (Christian De Brie, Le Monde Diplomatique, février 93).

Photo originale de Rénald Destrez
Merci à Christian Queuille ;)

En 68, donc, je ressortis ma vieille guitare pour faire des chansons.

En route vers Prague, deux mois après, je rencontrai des chars russes à Bratislava : le socialiste à visage humain et le Printemps de Prague avaient vécu. Quelques illusions aussi.

A la fin de l’été 68, je retournai en Algérie. Huit ans après ma guerre, j’éprouvai, en débarquant à Alger, l’émotion que doit ressentir un émigré qui revient au pays… Mai 68, la Tchécoslovaquie, l’Algérie retrouvée, que faut-il de plus pour avoir envie d’écrire des chansons...

(...)